30/10/2014

Développement durable, ou en est la recherche?

Une occasion pour chacun d'entre nous de découvrir les problèmes environnementaux, sociaux et économiques qui menacent la planète et d'apprendre les gestes qui peuvent changer la donne. Une semaine pour responsabiliser les citoyens et les entreprises. L'occasion aussi de faire le point sur les efforts menés tant en France qu'à l'étranger. Les sujets traités dans ce guide n'ont pas la prétention d'être exaustifs bien qu'ils couvrent de nombreux domaines dont les impacts négatifs ne sont plus à démontrer. Ainsi, les industries les plus polluantes témoignent de l'attention qu'elles portent à limiter leur empreinte écologique; les financiers à avoir un droit de regard sur des investissements plus responsables; tandis que les particuliers apprennent à changer leurs habitudes.
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S'il est un domaine où le développement durable peut s'apparenter à une démarche concrète, c'est bien la recherche. Pourtant les scientifiques ont mis du temps à s'approprier ce concept, même si certains d'entre eux travaillent depuis longtemps sur ces problématiques.

La réaction d'un certain nombre à la réticence des Académies des sciences et de médecine à l'inscription du principe de précaution dans la charte de l'environnement est symptomatique à cet égard. Dans un «Appel de scientifiques pour la Charte de l'environnement», qui a recueilli plus de 400 signatures, des personnalités de haut vol comme les paléoclimatologues Jean Jouzel et Claude Lorius, médailles d'or du CNRS, l'astrophysicien Hubert Reeves ou le biologiste Jacques Testard, plaident en faveur de l'inscription de ce principe au niveau constitutionnel. Affirmant que ce «n'est pas un frein, mais un stimulant pour le développement de recherches scientifiques», ces derniers estiment que «la réalisation d'un développement durable ne se conçoit pas sans une mobilisation de l'innovation technologique».

Aussi les chercheurs français entendent-ils passer à la vitesse supérieure en se mobilisant de concert autour de ces thématiques du développement durable. C'est tout particulièrement le cas de six organismes publics de recherche qui ont pris l'engagement, voici deux ans, au Sommet mondial sur le développement durable à Johannesburg, de travailler sur des programmes de recherche communs. Trois thématiques ont alors été définies: systèmes alimentaires durables; gestion de l'eau et territoires; agriculture et biodiversité.

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- De la nécessité d'un critère de cohérence performative dans l'évaluation des indicateurs de soutenabilité - Sur le premier thème (l'alimentation), un programme de commun aux six organismes a été défini en mars dernier. Il en sera de même pour le deuxième (l'eau) en octobre prochain. Les scientifiques ne se contentent pas de poursuivre leurs recherches dans leur coin. Ces travaux, conçus comme une aide à la décision publique, font l'objet de séminaires de sensibilisation auprès des pouvoirs publics. Une autre stratégie eût été que chacun d'entre nous essaie de convaincre le gouvernement qu'il est le meilleur en développement durable pour récupérer des fonds. Or, l'intérêt de cette collaboration est de rationaliser l'utilisation de nos moyens, comme nos équipements en télédétection (les satellites,) ou en modélisation.

La réflexion est elle-même appréhendée différemment. Prenons l'exemple des porcheries. On ne peut plus aujourd'hui concevoir un élevage porcin durable sans prendre en compte non seulement les problèmes d'environnement qu'il soulève, mais également les revenus de l'éleveur, voire le bien-être des porcs. Le programme Porcherie verte, qui se penche notamment sur les moyens de modifier les odeurs émises par les porcheries, est révélateur de la façon dont nous avons modifié nos pratiques de recherches.

Le développement durable, c'est aussi le souci d'un développement équilibré entre le Nord et le Sud. Les scientifiques l'ont bien intégré. Nous travaillons sur des projets de recherche qui associent beaucoup plus de pays avec lesquels nous travaillons et plus seulement pour lesquels nous travaillons.

L'Ifremer et l'Inra ont par ailleurs mis en place un comité d'éthique commun pour confronter leurs démarches sur ce terrain. Et afin de se faire rappeler à l'ordre lorsqu'ils oublient quelque peu cet impératif, certains dirigeants d'instituts de recherches se sont même adjoint les services d'un conseiller spécial pour ces questions. C'est le cas de Bertrand-Pierre Galey au MNHN ou encore de Serge Calabre à l'IRD.

Les organismes de recherche ne sont pas les seuls à se structurer autour de ce concept. «Cela doit passer par une logique de formation à la recherche pluridisciplinaire sur ces questions», souligne Jean-François Minster, PDG de l'Ifremer. Ce qui se met progressivement en place. Après la chaire de Développement durable, qui doit être inaugurée à la rentrée prochaine à Sciences po par Laurence Tubiana, directrice de l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri), un projet de Master, qui sera en test à l'université de Montpellier l'année prochaine, devrait voir à son tour le jour à la rentrée 2015.

Roger Guesnerie, qui a réalisé voici un an un rapport consacré à la recherche au service du développement durable, est pourtant encore loin d'être comblé. Les propositions qu'il avait alors émises dans ce cadre sont encore au stade de la réflexion: faciliter les passerelles entre universités et milieux économiques, mettre en place des collectes de données sur le sujet ou encore solliciter davantage les sciences sociales et humaines, en particulier sur les risques liés aux développements technologiques.