30/10/2014

Au coeur de la jungle malaise.

La tiède langueur de la mer de Chine d'un côté, la verte touffeur de la jungle de l'autre : posté sur la côte est de la péninsule malaise, Cherating Beach, le premier Club Med d'Asie, vient de s'offrir une spectaculaire cure de jouvence.


Pour voir les macaques, attendez 16 heures, les varans arrivent plus tard. Ici, au Club Med de Cherating Beach, sur la côte est de la péninsule de Malaisie, la jungle n'est jamais loin. Mais elle est apprivoisée : les animaux ne sortent de la forêt pour envahir pelouses ou balcons qu'à heure fixe.

Le matin, quand le soleil point, les singes s'installent sur les toits pour guetter tout ce qui peut être chapardé. Ils descendent furtivement le long des charpentes, glissent jusqu'à une table dressée et font une moisson de sachets de sucre ou de Nescafé. Dans la journée, il n'est pas prudent de quitter sa chambre sans en verrouiller la porte-fenêtre, car les tentations y sont nombreuses. Quant aux varans, on ne les croise que de loin quand ils traversent un chemin ou paressent sur l'herbe en fin d'après-midi.

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Un temple chinois à Kuala Lumpur : autant de facettes de l'architecture civile et religieuse malaise.

Autre émerveillement, les tortues de mer qui viennent pondre sur la plage du club, à tel point que des scientifiques y ont installé un centre pour mettre les oeufs et les bébés nouveau-nés à l'abri des prédateurs. C'est un des seuls lieux au monde où il arrive de voir des tortues luth, malheureusement en voie d'extinction.
La paillote des "Bronzés" a vécu


Cherating Beach parvient à être tout cela à la fois, authentique et impénétrable comme dans les nouvelles de Maugham ou les romans de Conrad, mais parfaitement policé, comme le parc d'une ambassade britannique. Ce village, le premier d'Asie, construit au début des années 80, avant Bali et Phuket, vient d'être entièrement rénové pour répondre aux critères exigés aujourd'hui, surtout par la clientèle asiatique : la paillote des Bronzés a vécu. Les chambres qui se suivent le long de galeries de bois ouvragé, dont l'utilité apparaît à la première pluie tropicale, sont simples mais élégantes. Et pour que le bonheur soit total, à travers les fenêtres, on voit la mer de Chine entre les palmiers : une longue plage baignée par une eau chaude à n'en pouvoir véritablement nager.

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La mosquée récente de Kuala Terengganu. 

C'est un peu plus loin, à Pantai, dans une anse adossée à la jungle, que se pratiquent le mieux les sports nautiques et la baignade, car la pente y est plus douce : on l'atteint en petit train ou à pied, en traversant ce merveilleux jardin, entre frangipaniers en fleur et lotus éclos sur les étangs. Mais la natation, la vraie, a son paradis dans la piscine, très réussie. C'est un plaisir de prendre ses repas en la contemplant, surtout les soirs d'orage, lorsque les gouttes frappent sa surface illuminée et la font scintiller.


On voit bien à Cherating Beach la nouvelle philosophie du Club : distractions et activités à toute heure, si l'on est d'humeur, mais possibilité d'aller admirer les martins-pêcheurs au plumage bleu et les toucans, de suivre le périple des bébés tortues jusqu'à la mer, dans la paix de cette forêt idéale. Autre concession à la vague zen, l'ouverture d'un spa où s'adonner à la volupté et aux bienfaits du massage balinais. Henri Giscard d'Estaing, son président, le soulignait le soir de l'inauguration : avec la diversité des cultures que l'on y rencontre, aussi bien du côté du personnel que des clients, le Club Med est quelque chose comme les «Nations unies des vacances», un «petit morceau de ciel bleu dans un monde troublé», et ce bonheur qu'il offre est ce qui le rend absolument unique. Bonheur, dans la diversité aussi, grâce à la cuisine, délicieuse et d'inspiration variée : chinoise, japonaise, thaï, indienne, italienne et française.




Cherating Beach est également une excellente base de départ pour partir à la découverte de la région, le sultanat de Pahang, le plus vaste de la péninsule, ou, plus au nord, celui de Terengganu. Plus que la visite de Kuantan, la capitale de l'Etat, sans grand intérêt, une excursion formidable et réalisable dans la journée consiste à se rendre au lac Chini (Tasik Chini), sur la rivière Pahang, lieu de nombreuses légendes, nées sans doute des ombres et des bruissements de la jungle. Un dragon y vivrait au fond de ces chemins d'eau qui se faufilent sous la voûte des arbres, entre les troncs élancés des Ficus religiosa, arbres sacrés de Bouddha, les rotins hérissés d'épines et les palétuviers.


Plus sérieusement, des archéologues y ont découvert les vestiges d'une cité antique, contemporaine des grandes civilisations khmères. Entre loch Ness et ville d'Ys, le lac Chini se visite en pirogue à moteur, au milieu des lotus aux feuilles déperlantes d'où l'eau ruisselle comme du mercure. En respirer le parfum dans la solitude et le silence de ces étendues aquatiques donne une idée de l'éternité. C'est sur les bords du lac que vivent les Orang Asli, des Dayak plus ou moins assimilés. Dans leur village de quelques baraques de bois, les enfants courent en piaillant, heureux de la visite, répétant sans le moindre accent les mots de français qu'ils grappillent. Le chef saigne un hévéa pour en montrer la sève collante, puis effectue une démonstration de sarbacane avant d'en proposer des modèles décorés en souvenirs, une manière assez élégante de manifester son intérêt pour l'artisanat local et de rémunérer la tribu en douceur.

Pour donner à ces rapports un peu de légèreté, sur chaque pièce est écrit le nom de celle qui l'a fabriquée pour la remercier. «Terima kasih Salmah» (merci Salmah) ! Elle sourit, un peu confuse, mais fière de son travail et l'on regrette de ne pas connaître un peu plus de malais.

L'ambiance est tout autre dans la province de Terengganu. Ici, l'islam est très présent : pas question pour une femme, fût-elle une touriste, de montrer ses bras ou ses jambes, en dépit de la touffeur tropicale qui règne. Les lycéennes font leur jogging couvertes de la tête aux pieds tandis que les amazones à mobylette portent un casque sur leur tchador. Pourtant, malgré cette vie rythmée par les appels à la prière du muezzin , la tolérance règne à Kuala Terengganu : outre la mosquée flottante, assez récente, on peut voir un curieux petit temple hindou, et dans le quartier chinois, un temple confucéen totalement délirant, lieu d'accueil et de ferveur. Dans Jalan Kampung China, on pourra admirer une suite de belles maisons anciennes, malheureusement le plus souvent laissées à l'abandon et comme sorties d'un livre d'images, avec les toits de tuiles vernies qui rebiquent aux angles, les stucs, les fenêtres ajourées, les silhouettes de dragons se découpant sur le ciel. Très bien entretenue en revanche, mais loin du centre, la demeure du Tok Hakim, juge malais de la fin du XIXe siècle, sur Pulau Duyong, un îlot au milieu du fleuve. Ce véritable petit palais de bois, bien ventilé, avec véranda, balcons et jalousies, est un curieux mélange de style arabe et d'Arts & Crafts qui dut faire l'envie des autorités britanniques de l'époque.
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Autre sujet d'admiration, les beaux batiks sur soie préparés par les femmes dans des ateliers de la ville : sur des tréteaux de bois, les tissus damassés sont tendus après qu'une première équipe y a dessiné les motifs traditionnels. Les équipes glissent de table en table, les unes repassent les dessins avec de la cire fondue, les autres mettent la couleur, suivant la progression de l'encre dans les fibres. Aucune ne semble avoir de tâche définie, l'une commence un geste, l'autre l'achève, avec douceur et fluidité, et personne ne se plaint de la chaleur extrême qui règne sous les verrières en plein soleil, augmentée par les braseros où chauffe la cire qui dégage une fumée âcre.

Véritable découverte ou petite mise en bouche, ce séjour au Club Med de Cherating laisse des souvenirs très forts.

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Une Corse dissociée de la nation

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Quand les historiens se mettent au travail, les idéologues peuvent se faire du souci. Ainsi de la Corse, où une certaine vulgate ressasse que si l'île s'est retrouvée dans le giron de la France, ce fut contre son gré  qui, si elle n'était pas vouée à devenir française, a tout fait pour le rester.


Bastion bonapartiste, la Corse adhère de manière progressive à la IIIe République C'est à travers l'épopée impériale que la Corse s'est identifiée à la France, avant, par le biais de l'école, de se convertir au culte de Marianne. Entre la Corse bonaparto-catholique et celle du radicalisme franc-maçon, la lutte sera rude, mais franco-française. Ce n'est qu'après la Grande Guerre que naît la mouvance «corsiste», qui, encouragée par l'Italie fasciste, évoluera vers l'irrédentisme. Et c'est à la fin de l'Empire colonial que l'idée d'une Corse dissociée de la nation resurgit, initiée par des déçus de l'Algérie française. Paradoxalement, c'est quand la Corse bénéficie de l'effet des Trente Glorieuses, notamment par le tourisme, que le malaise s'accroît. Le rapport à l'autre a changé, remarquent les historiens : dans la société traditionnelle, l'échange avec l'étranger s'organisait à travers l'hospitalité ; aujourd'hui, la relation s'établit sur la base marchande.


Plus que jamais, la Corse a besoin de se regarder en face.

17:23 Publié dans France, Voyage | Lien permanent | Commentaires (0)

La bourse rentre en période trouble.

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C'était trop beau pour être vrai. Après un rebond spectaculaire du CAC40 de mars  à avril, les marchés ont corrigé effaçant quasiment les gains depuis le début de l'année. Le CAC40 ne progresse plus que de 2,38%, l'Eurostoxx de 1,1%, le S&P 500 de 1,59%. Même la place japonaise, qui a connu une progression aussi forte qu'inattendue, recule depuis son plus haut de 5,7%.

Le risque géopolitique, la hausse du prix de l'ensemble des matières premières, la perspective fin juin d'une hausse des taux d'intérêt outre-Atlantique, le retour de tensions inflationnistes, la crainte d'une surchauffe en Chine et l'incertitude quant à la pérennité de la croissance américaine font douter les investisseurs. Dans ce contexte, les gérants adoptent une position neutre sur les actions. Ils considèrent que cette classe d'actifs est aujourd'hui incontournable compte tenu de l'évolution des taux d'intérêt. Mais les marchés ne sont pas simples: ils imposent, selon eux, des paris marqués et notamment de privilégier les entreprises capables de créer de la valeur à moyen terme. Ils se tiennent à l'écart des secteurs bancaire et financier ainsi que de l'agroalimentaire et des matières premières hors pétrole. Ils sont aussi de plus en plus nombreux à s'inspirer de la méthode de Warren Buffet. Ce dernier plaide pour des choix tranchés qui reposent sur les fondamentaux des sociétés indépendamment des modes boursières.

Parallèlement, les gestionnaires parent à la hausse des taux et à la menace inflationniste en couvrant une partie de leur portefeuille obligataire ou en diversifiant celui-ci en obligations convertibles ou en obligations indexées sur l'inflation.

Tous jugent cependant le potentiel de hausse limité d'ici à la fin de l'année. Aussi la maîtrise des droits de garde devient primordiale pour sauvegarder la performance réalisée.

17:18 Publié dans Bourse | Lien permanent | Commentaires (0)