22/08/2015

Jusqu'où le pétrole peut baisser ?


Trois jours après la retombée des cours sous 40 dollars pour le brent à Londres et aux alentours de 43 dollars à New York, les marchés pétroliers restent en proie à toutes les interrogations. «Outre la forte volatilité des cours depuis plusieurs mois, ce ne sont pas quelques statistiques américaines (sur l'état des stocks), assez surprenantes au demeurant, qui vont fixer la tendance de manière intangible», commente Olivier Rech, économiste à IFP Energies nouvelles (IFP). D'autant plus que le reste des matières premières est aussi en chute, ainsi le cours de l'or a brutalement chuté.

 

les stocks US en hausse.


En marge d'un certain nombre d'éléments conjoncturels – stocks américains en hausse, hiver clément pour le moment, repositionnement des spéculateurs–, le repli du baril est également alimenté par la modification de quelques grandes variables macro-économiques: «Le ralentissement de la croissance en Chine, aux États-Unis et dans une moindre mesure en Europe, qui se traduit par une baisse de la demande de pétrole, pèse sur les cours à la baisse», souligne Frédéric Lasserre, directeur de la recherche sur les matières premières à la Société générale.


Le cas de la Chine est d'autant plus notable que ce pays, dont la consommation de pétrole devrait augmenter de 15% en 2015, fait figure depuis le début de l'année de véritable épouvantail pour les marchés pétroliers. Il n'est pas une statistique qui ne se fasse écho de la gourmandise exponentielle de Pékin en matière d'hydrocarbures: selon les dernières estimations de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), les importations de pétrole en Chine devraient atteindre près de 10 millions de barils par jour d'ici à 2030, contre 2 millions de barils actuellement. La Chine rattraperait ainsi les États-Unis.

Position de L'opep


Dans le contexte actuel de repli des prix, la position de l'Opep est évidemment observée avec attention, car elle est de nature à confirmer ou non la donne. Le cartel, qui se réunit vendredi prochain, 10 décembre, au Caire, se veut pour le moment rassurant. Ses représentants certifient qu'ils vont maintenir la production à un niveau élevé. Actuellement, l'Organisation produit quasiment à plein régime, près de 30 millions de barils par jours (mb/j), alors que ses quotas sont fixés à 27 mb/j.
«Il n'empêche, quel que soit le prix du brut, élevé ou moins élevé, dès que ce prix baisse, l'Opep s'inquiète et tente de réagir, au moins verbalement. La baisse enregistrée actuellement va l'obliger à se dévoiler», souligne Olivier Rech.
Cela ne veut évidemment pas dire qu'il faille attendre de grands bouleversements lors de la réunion du Caire. «A priori, l'Opep n'annoncera pas de modification de ses quotas, en revanche, au cours des semaines à venir, elle devrait réduire son offre, consciente aujourd'hui d'avoir sur-réagit, quand les prix se sont envolés, en produisant un peu trop de pétrole. Au printemps, il sera toujours temps d'entériner officiellement une baisse de la production», expose Frédéric Lasserre.
En tout état de cause, depuis le début de la flambée du baril – qui avait caracolé au-dessus des 50 dollars–, l'Opep a toujours martelé qu'elle n'était responsable en rien de cette fièvre et que le marché continuait d'être, sur le plan physique, parfaitement approvisionné.
Reste que le cartel a bien l'intention d'exploiter durablement cette poussée. Hier, Purnomo Yusgiantoro, le président indonésien de l'Opep, a souligné que l'Organisation souhaitait désormais que le prix du baril s'inscrive dans une fourchette oscillant entre 28 et 30-32 dollars le baril. Or, jusqu'à présent, et depuis quelques années, l'Opep s'appuyait sur une «bande» de 22 à 28 dollars qui, devait, du moins au début, la pousser à agir sur ses niveaux de production.
Quoi qu'il en soit, pour le consommateur, le recul du brut passe encore inaperçu. Il faudra attendre au moins trois semaines, voire plus, pour que les compagnies pétrolières répercutent la baisse à la pompe. «L'expérience montre qu'elles sont plus rapides à répercuter une hausse qu'une baisse», ajoute Frédéric Lasserre. En attendant, l'euro fort par rapport au dollar permet de limiter un tant soit peu le prix élevé des carburants.

13:59 Publié dans Bourse | Lien permanent | Commentaires (0)

22/11/2014

On découvre 12 milliards de barils par an.

 Le monde va-t-il bientôt manquer de pétrole ?



Tout dépend de ce que vous entendez par «bientôt». Des décennies passeront avant que nous ayons de véritables difficultés à honorer la demande de pétrole. Jusque bien après 2020, l'offre continuera d'augmenter suffisamment. Il n'y aura pas de rupture brutale. Nous atteindrons plutôt un plateau de production qui s'étendra sur une période au cours de laquelle l'extraction de nouvelles quantités sera beaucoup plus ardue, ce qui changera fondamentalement toute l'équation offre-demande.



Tout le débat actuel porte sur les fameuses capacités supplémentaires que les pays producteurs sont supposés avoir. Elles existent, oui ou non ?



Aujourd'hui, les capacités supplémentaires sont réelles mais elles sont obtenues plus par une meilleure technique d'extraction des champs existants que par la découverte de nouveaux champs. Par exemple, l'imagerie sismique qui permet de bien mieux visualiser la forme et les dimensions exactes des champs. Les puits horizontaux rendent possible la récupération de quantités qui auraient été perdues autrefois. La technique consistant à élargir les puits existants est également prometteuse.



Si l'offre n'est pas un problème, pourquoi le baril bat-il chaque semaine de nouveaux records ?


Ce n'est pas la quantité de brut disponible qui pose problème, c'est la qualité de l'offre supplémentaire que l'on peut espérer.


Cette année, la capacité de production quotidienne mondiale est d'environ 87 millions de barils, mais en termes réels nous produisons 84 millions de barils. En cas de crise, par exemple une grève au Venezuela ou au Nigeria, ou un typhon dans les Caraïbes, un pays comme l'Arabie saoudite peut mettre sur le marché 3 millions supplémentaires mais c'est un pétrole lourd, cher et compliqué à raffiner, que le marché n'aime pas. Il veut du léger facile à transformer. Voilà pourquoi l'Arabie saoudite a promis de mettre sur le marché plus de cette sorte de brut. Par ailleurs, du «light» découvert au large du Nigeria sera disponible dans deux ou trois ans. En Angola, Exxon commence cette année à exploiter le champ Kizomba-B. Et puis le pétrole de la mer Caspienne montera en puissance au cours des dix prochaines années. La frustration du marché est donc temporaire.



Depuis vingt ans, certains observateurs nous alarment sur le «point de déclin», ce moment où la moitié du brut existant aura été consommé. Est-il proche ?


Ces prophètes de malheur affirment que nous avons déjà extrait 50% de tout le pétrole de la planète. Le Cera pense pour sa part que nous avons sans doute extrait seulement 30%, non pas du total, mais des réserves prouvées.


Nous sommes donc loin de ce «point» fatidique, d'autant plus que nous allons encore trouver du pétrole. Par l'exploration, nous découvrons environ de douze à quinze milliards de barils par an. Certes ces découvertes étaient presque deux fois plus élevées à la fin de la décennie précédente, sans parler des fastes années 60.


Pourquoi ce ralentissement ?


Le monde ne dépense pas assez en exploration, tout simplement parce que le brut continue à sortir des puits existants et que les compagnies s'en contentent.

30/10/2014

La bourse rentre en période trouble.

 bourse tremble.jpg

C'était trop beau pour être vrai. Après un rebond spectaculaire du CAC40 de mars  à avril, les marchés ont corrigé effaçant quasiment les gains depuis le début de l'année. Le CAC40 ne progresse plus que de 2,38%, l'Eurostoxx de 1,1%, le S&P 500 de 1,59%. Même la place japonaise, qui a connu une progression aussi forte qu'inattendue, recule depuis son plus haut de 5,7%.

Le risque géopolitique, la hausse du prix de l'ensemble des matières premières, la perspective fin juin d'une hausse des taux d'intérêt outre-Atlantique, le retour de tensions inflationnistes, la crainte d'une surchauffe en Chine et l'incertitude quant à la pérennité de la croissance américaine font douter les investisseurs. Dans ce contexte, les gérants adoptent une position neutre sur les actions. Ils considèrent que cette classe d'actifs est aujourd'hui incontournable compte tenu de l'évolution des taux d'intérêt. Mais les marchés ne sont pas simples: ils imposent, selon eux, des paris marqués et notamment de privilégier les entreprises capables de créer de la valeur à moyen terme. Ils se tiennent à l'écart des secteurs bancaire et financier ainsi que de l'agroalimentaire et des matières premières hors pétrole. Ils sont aussi de plus en plus nombreux à s'inspirer de la méthode de Warren Buffet. Ce dernier plaide pour des choix tranchés qui reposent sur les fondamentaux des sociétés indépendamment des modes boursières.

Parallèlement, les gestionnaires parent à la hausse des taux et à la menace inflationniste en couvrant une partie de leur portefeuille obligataire ou en diversifiant celui-ci en obligations convertibles ou en obligations indexées sur l'inflation.

Tous jugent cependant le potentiel de hausse limité d'ici à la fin de l'année. Aussi la maîtrise des droits de garde devient primordiale pour sauvegarder la performance réalisée.

17:18 Publié dans Bourse | Lien permanent | Commentaires (0)