22/11/2014

On découvre 12 milliards de barils par an.

 Le monde va-t-il bientôt manquer de pétrole ?



Tout dépend de ce que vous entendez par «bientôt». Des décennies passeront avant que nous ayons de véritables difficultés à honorer la demande de pétrole. Jusque bien après 2020, l'offre continuera d'augmenter suffisamment. Il n'y aura pas de rupture brutale. Nous atteindrons plutôt un plateau de production qui s'étendra sur une période au cours de laquelle l'extraction de nouvelles quantités sera beaucoup plus ardue, ce qui changera fondamentalement toute l'équation offre-demande.



Tout le débat actuel porte sur les fameuses capacités supplémentaires que les pays producteurs sont supposés avoir. Elles existent, oui ou non ?



Aujourd'hui, les capacités supplémentaires sont réelles mais elles sont obtenues plus par une meilleure technique d'extraction des champs existants que par la découverte de nouveaux champs. Par exemple, l'imagerie sismique qui permet de bien mieux visualiser la forme et les dimensions exactes des champs. Les puits horizontaux rendent possible la récupération de quantités qui auraient été perdues autrefois. La technique consistant à élargir les puits existants est également prometteuse.



Si l'offre n'est pas un problème, pourquoi le baril bat-il chaque semaine de nouveaux records ?


Ce n'est pas la quantité de brut disponible qui pose problème, c'est la qualité de l'offre supplémentaire que l'on peut espérer.


Cette année, la capacité de production quotidienne mondiale est d'environ 87 millions de barils, mais en termes réels nous produisons 84 millions de barils. En cas de crise, par exemple une grève au Venezuela ou au Nigeria, ou un typhon dans les Caraïbes, un pays comme l'Arabie saoudite peut mettre sur le marché 3 millions supplémentaires mais c'est un pétrole lourd, cher et compliqué à raffiner, que le marché n'aime pas. Il veut du léger facile à transformer. Voilà pourquoi l'Arabie saoudite a promis de mettre sur le marché plus de cette sorte de brut. Par ailleurs, du «light» découvert au large du Nigeria sera disponible dans deux ou trois ans. En Angola, Exxon commence cette année à exploiter le champ Kizomba-B. Et puis le pétrole de la mer Caspienne montera en puissance au cours des dix prochaines années. La frustration du marché est donc temporaire.



Depuis vingt ans, certains observateurs nous alarment sur le «point de déclin», ce moment où la moitié du brut existant aura été consommé. Est-il proche ?


Ces prophètes de malheur affirment que nous avons déjà extrait 50% de tout le pétrole de la planète. Le Cera pense pour sa part que nous avons sans doute extrait seulement 30%, non pas du total, mais des réserves prouvées.


Nous sommes donc loin de ce «point» fatidique, d'autant plus que nous allons encore trouver du pétrole. Par l'exploration, nous découvrons environ de douze à quinze milliards de barils par an. Certes ces découvertes étaient presque deux fois plus élevées à la fin de la décennie précédente, sans parler des fastes années 60.


Pourquoi ce ralentissement ?


Le monde ne dépense pas assez en exploration, tout simplement parce que le brut continue à sortir des puits existants et que les compagnies s'en contentent.